Le chagrin des vivants

Anna Hope

Gallimard

  • Conseillé par (Libraire)
    27 janvier 2016

    Très beau premier roman sur le deuil, le pardon et l'oubli.
    Trois destins de femmes brisées par la guerre mais aussi portrait d'une nation broyée qui tente d'apaiser son chagrin durant ces cinq jours précédant les célébrations du 11 novembre 1920.
    Vivement conseillé...


  • Conseillé par (Libraire)
    27 janvier 2016

    Très beau premier roman sur le deuil, le pardon et l'oubli.
    Trois destins de femmes brisées par la guerre mais aussi portrait d'une nation broyée qui tente d'apaiser son chagrin durant ces cinq jours précédant les célébrations du 11 novembre 1920.
    Vivement conseillé...


  • Conseillé par
    6 août 2017

    Londres, novembre 1920. La ville et le pays tout entier s'apprêtent à accueillir le soldat inconnu. Un corps anonyme extirpé du charnier français pour être enterré avec les honneurs à l'abbaye de Westminster. Une manière pour le peuple anglais de faire le deuil de tous ceux qui sont restés là-bas, ensevelis dans la boue, le corps explosé, sans sépulture, ou sous une simple croix blanche avec un numéro de matricule pour seule épitaphe. Une façon pour ceux qui ont survécu au cauchemar des tranchées de partager un moment solennel avec leurs compatriotes.

    Trois femmes vont vivre les cinq jours précédant l'évènement avec leurs blessures et leur chagrin. Evelyne, bientôt 30 ans, a perdu son fiancé dont le corps n'a jamais été retrouvé. Avec lui sont morts son avenir et ses espoirs de bonheur. Elle a participé à la guerre en fabriquant des munitions, elle construit la paix en travaillant au bureau des pensions. Ses proches la disent aigrie, elle est simplement d'une infinie tristesse. Ada, la cinquantaine, a vu son fils unique, Michaël, partir pour le front à tout juste 18 ans. Comme tant d'autres, il n'est pas revenu. Une simple lettre du ministère pour dire qu'il avait disparu sur le champ de batailles. Pas d'explication mais des questions sans réponses. Depuis, Ada voit Michaël partout, incapable de faire son deuil sans savoir où est son corps et connaître les circonstances de sa mort. Hettie a 19 ans à peine et imagine un avenir meilleur, loin de sa mère amère, loin de son frère revenu des combats totalement apathique. Tous les soirs, elle danse au Palais Hammersmith, avec des survivants, des estropiés, des hommes meurtris qui paient 6 pences pour la faire tournoyer sur la piste de danse pendant qu'elle rêve au prince charmant.

    Un magnifique roman, juste et pudique, qui évoque les blessures, encore à vif en cette année 1920, de la première guerre mondiale. Londres montre encore les séquelles des bombardements et les hommes et les femmes, touchés dans leur chair, dans leur cœur et dans leur âme, essaient de faire le deuil de ces années d'horreur. Oubliés, délaissés, gênants, les rescapés sont un rappel constant de cette génération qu'on a sacrifiée sur les champs de batailles. Ils se taisent, gardent au plus profond d'eux-mêmes ce qu'ils ont vécu et pourtant, raconter est une telle libération. Mais qui veut entendre les corps noyés dans la boue, les jeunes hommes explosés, les membres épars, les défections, la peur et les larmes ?
    A travers le portrait de trois femmes touchées par la perte, Anna Hope raconte les drames de la Grande Guerre mais aussi la volonté d'aller de l'avant vers un avenir plus souriant. Le Soldat inconnu sert de fil rouge, de son exhumation en terre française à sa lente progression sur le sol anglais, jusqu'à son arrivée à Londres le 11 novembre, symbole de tous ses pères, fils, frères, amants, amis qui sont tombés et sont restés là-bas, loin de leur famille. Un jour de deuil national, un moment rare où toute une nation pleure ses morts pour enfin pouvoir retrouver le goût du bonheur.
    Un premier roman maîtrisé qui augure d'un très bel avenir littéraire pour Anna Hope qui sait raconter, toucher, et faire aimer ses personnages. Coup de cœur !


  • Conseillé par (Libraire)
    5 mars 2016

    Comme un devoir de mémoire

    Pour son premier roman, Anna Hope aurait pu se contenter d’une histoire de plus sur le thème de l’après-guerre et de ses conséquences, ses ravages sur tout un pays. Loin d’emprunter un sentier balisé, elle nous livre ici un texte absolument maitrisé, posé, où les personnages prennent vie tout en subtilité et en finesse.
    Londres, début novembre 1920. Alors que l’armée britannique retourne sur les champs de bataille du nord de la France pour chercher le corps du soldat inconnu, Ada se remémore les derniers jours de son fils et ne peut accepter sa disparition purement et simplement. Elle croit l’apercevoir à tout moment : en cet homme de dos qui marche d’un pas pressé, dans les paroles de ce soldat devenu colporteur ... Pour Hettie, la vie est faite de rythmes endiablés sur la piste du Hammersmith Palais pour 6 pence la danse. Mais comment trouver l’âme sœur dans un monde où les derniers hommes sont bancals et détruits ? Quant à Evelyn, elle a choisi de travailler au Bureau des pensions de l’armée malgré les réticences familiales. En souvenir de son fiancé disparu, elle apporte tant bien que mal son aide aux gueules cassées et tente de veiller sur son frère revenu du front mais aux réactions incompréhensibles. Les trois femmes ne se connaissent pas mais comme beaucoup, elles ont perdu un fils, un fiancé ou un frère à la guerre et elles tentent de survivre. Sans cesse confrontées à la réalité et au manque, elles se frôlent, se croisent et attendent avec impatience le rapatriement du corps du soldat inconnu pour tenter de faire leur deuil. A travers elles, c’est une nation toute entière qui retient son souffle et espère relever la tête après un ultime hommage aux disparus.
    Dans une prose à la fois fluide et riche, Anna Hope a choisi de révéler à travers ces cinq jours de novembre une période cruciale dans l’histoire de la Grande Bretagne. Un livre indispensable comme un devoir de mémoire.

    Céline