L'autre Rimbaud
EAN13 : 9782378801526
ISBN :978-2-37880-152-6
Éditeur :L'Iconoclaste
Date Parution :
Collection : IC.VERGE
Nombre de pages :384
Dimensions : 19 x 14 x 2 cm
Poids : 350 g

L'autre Rimbaud

De

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La photo est célèbre. C’est un premier communiant, cheveux sagement ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Il s’appelle Arthur Rimbaud. Mais sur le cliché d’origine posait aussi son frère aîné, Frédéric. Cet autre Rimbaud a été volontairement supprimé de l’image. Comme il fut « oublié par la plupart des biographes.
Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales. Puis leurs chemins se séparèrent. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche, fut banni par sa famille, effacé de la correspondance d’Arthur et dépossédé des droits sur l’œuvre.
En quoi était-il si gênant ce frère ? Pourquoi une telle conspiration familiale ?
 
On croyait tout savoir du plus célèbre des poètes.  Il restait encore une part d’ombre.
 
Auteur de La Captive de Mitterrand, qui fut un succès critique et public, David Le Bailly signe ici un roman singulier, où la fiction se mêle à l’enquête. Il raconte, interroge, imagine et dissèque avec talent la mécanique implacable des secrets de famille.

David Le Bailly (Auteur) a également contribué aux livres...

La captive de Mitterrand

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David Le Bailly

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Au-delà de la légende

5 étoiles

Par . (Librairie La Grande Ourse)

Sur la photo, un adolescent regarde l’objectif, la raie sur le côté. Il porte un brassard de communiant. A côté, une silhouette évidée, comme découpée par une paire de ciseaux, ces ciseaux que les censeurs soviétiques utilisaient pour leur réécriture de l’histoire. La silhouette a été gommée, supprimée par les ciseaux d’Isabelle Rimbaud, qui n’a laissé que son frère Arthur sur le document abondamment publié. La silhouette alors? C’est celle de Frédéric, le frère ainé, enseveli dans la mémoire collective. Peu de biographes du poète se sont attachés à lui, le balayant rapidement d’un adjectif méprisant: « raté ». Journaliste, David le Bailly, aime écrire sur les anonymes, sur les « vies minuscules », aussi fut il tenté de passer au révélateur des mots, cette photo, pour faire apparaître le visage et le corps cachés de cet autre adolescent. Lui redonner une vie, la vie qu’il a connue.

L’écrivain débute sa minutieuse enquête, dans ces Ardennes qu’il nous décrit avec précision, comme un roman, y mêlant ses réflexions personnelles lors de passionnants intermèdes. C’est à Roche, que tout se passe, se trame, se vit. C’est là, qu’une femme, Vitalie Cuif, va engendrer un génie et détruire deux jeunes hommes. En essayant de faire revivre Frédéric, c’est la famille Rimbaud qui apparait sous la plume de l’auteur, celle d’un père rapidement absent et d’une mère auprès de laquelle, la future Folcoche d’Hervé Bazin semble bien fade. C’est elle qui écrit l’histoire, qui dirige, ordonne avec comme seules valeurs, l’argent, la terre, la foi et le respect social. « On leur avait inculqué la rigueur, la discipline. Mais de gestes de tendresse, de caresses, de baisers, ils n’avaient rien reçu, rien vu ». Alors les deux frères, s’unissent se protègent dans un amour presque fusionnel qu’ils découvrent ensemble « à la manière de pauvres aveugles: tâtonnant, main tendue comme des mendiants, sans cesse se cognant ». Mais en grandissant Arthur devient différent, quitte les Ardennes, maltraite les mots, la syntaxe, aligne en quelques mois sur des feuillets disparates, des vers qui vont faire trembler le monde. De solidaire, la fratrie va se disperser à jamais avec cependant, un seul dénominateur commun: l’éloignement de la mère. Arthur le fera en parcourant des milliers de kilomètres de Chypre à Aden, de manière hypocrite, intéressé par l’argent. Frédéric, lui, restera à proximité, à Attigny, à quelques encablures de Roche et prendra la foudre sur place.

D’Arthur qui va devenir un mythe mondial, on ne peut évidemment dire qu’il est un raté mais si l’on met côte à côte comme le fait David Le Bailly, la vie quotidienne des deux frères, on se dit que la vie des deux garçons est aussi médiocre l’une que l’autre. En creux, et en citant des lettres d’Arthur à sa mère, le génial poète apparait aussi comme un petit comptable, alignant non plus ces mots magiques mais des colonnes de chiffres. Ce changement d’angle de prise de vue modifie considérablement la perspective tant de fois lue de la mythologie rimbaldienne. On se dit alors que le plus rebelle des deux frères n’est peut être pas celui que l’on croit.

Cette lente décadence familiale sera poursuivie par Isabelle, la soeur, qui achèvera jusqu’à l’horreur « l’oeuvre » de sa mère. Avec rigueur mais aussi beaucoup d’empathie, cette empathie si absente dans la ferme ardennaise, l'auteur fait surgir de terre, un homme ni plus sot, ni plus méchant que le commun des mortels, un conducteur de calèche, qui ne put se construire à l’ombre d’un frère glorifié et vanté jusqu’à l’extrême par Isabelle et son mari qui s’approprièrent les droits mais aussi la vie réécrite d’un frère sanctifié. Pour construire la légende, il fallait effacer l’ainé qui faisait tache et gâchait la photo mythique. Cette destruction, minutieusement décrite, se concrétise lentement au fil des chapitres dont l’intitulé progressif dit toute l’abomination: « frère », puis « suspect », « dénigré », « déchu », « traître », « renié », « dépossédé », et « effacé » pour finir.

Livre conseillé par Lou et Eric