Un chemin de tables

Un chemin de tables

De Maylis de Kerangal
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lundi 07 octobre 2019 4 étoiles

Court texte de Maylis de Kerangal sur la cuisine, à travers le parcours d'un jeune homme qui ne s'y destinait pas particulièrement. Elle s'empare de son sujet et nous voilà véritablement avec Mauro dans les cuisines. Le vocabulaire est soigneusement choisi mais point trop technique. Il sait dire à merveille la beauté et la difficulté de ce travail. Les coups de stress lorsque Mauro veut faire bien et bon avec des produits sains et de qualité, les semaines de 70 heures pour un salaire pas vraiment en adéquation, la fatigue, les plats à inventer en fonction des arrivages du jour, mais aussi la satisfaction des clients qui reviennent, qui conseillent, qui félicitent.

Mi-roman mi-documentaire, c'est la collection initiale au Seuil : Raconter la vie, qui veut cela, mais c'est aussi un genre dans lequel l'auteure excelle. Son style est toujours élégant, soigné, de belles phrases, parfois longues, qui donnent le rythme, qui sait prendre le temps, contrairement à un cuisinier en plein rush. Bref, ce livre donne envie de fréquenter les bons restaurants, pas forcément les chers, mais ceux qui travaillent des produits frais, pour se faire plaisir et encourager et remercier tous les Mauro.

"Mauro passe l'examen en candidat libre un an plus tard. Ce jour-là, il revêt la tenue de cuisine qu'il doit porter pour les épreuves, une tenue achetée chez Monsieur Veste pour 68 euros et qu'il choisit blanche : pantalon et veste de cuisine, mocassins spéciaux, tablier demi-chef (longueur aux genoux), calot - il défile à travers le petit jardin, silencieux, le torse étroit moulé dans le tablier, ses longs bras fins, puis me regarde, dubitatif : ça va ? j'ai l'air d'un clown ou pas ? Je souris, il n'est pas mal du tout et totalement crédible." (p. 56/57)


Au bout du compte / Vannes

Au bout du compte / Vannes

De Hervé Huguen
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mardi 24 septembre 2019 5 étoiles

Excellent ce polar qui perturbe parce que chaque chapitre se clôt avec des paragraphes en italique qui interpellent : qui est le mystérieux narrateur ? Comment sait-il tout cela ? Il peut être n'importe lequel des protagonistes et tous à la fois. Je me suis posé la question tout au long de ma lecture jusqu'à ce qu'enfin Hervé Huguen donne la solution. Et quelle solution, un truc auquel je ne m'attendais pas du tout et qui m'a scotché.

Chaque chapitre est vu par un personnage dont le prénom est noté en exergue, ce qui donne différents points de vue au lecteur. Hervé Huguen sait construire une belle intrigue qui tient ses promesses jusqu'aux dernières lignes. Franchement, je me suis fait balader et c'est un compliment et un ravissement que de découvrir qu'on s'est fait avoir dans un roman policier. Lâchant son héros récurrent Nazer Baron (ici et là), il met en scène un flic plus en retrait, une sorte de Columbo pour l'aspect physique et ses inévitables dernières questions : "Kerzhéro le quitta. Il n'avait pas menti, sa voiture était à deux pas de là, à hauteur des lavoirs. Il fit quelques foulées avant de paraître se souvenir brusquement d'un détail égaré dans les méandres de son cerveau." (p.51) et la non moins inévitable Mme Maigret -ici Mme Kerzhéro- dont il est question sans la voir. Bref, un excellent roman policier dont la lecture aisée est réjouissante.


Les Societes Matriarcales - Recherches Sur Les Cultures Autochtones A Travers Le Monde
mardi 24 septembre 2019 5 étoiles

Ouvrage impressionnant tant par son poids (dans un sac, il peut servir d'arme redoutable) que par son contenu. Fruit du travail de longues années de la très respectée docteure en philosophie des sciences et grande spécialiste mondiale des sociétés matriarcales, Heide Goettner-Abendroth, il est une source d'informations, un ouvrage de référence dans le domaine cité. Je l'ai lu en plusieurs fois, piochant ici et là dans les chapitres consacrés aux diverses sociétés matriarcales décrites. Aucune obligation de lire de manière linéaire, on peut passer à l'envie des Khasi d'Inde aux Newar du Népal, puis en Chine, Corée, Japon,Indonésie, Mélanésie, Afrique, Amérique.

Attention, je conseille la lecture de l'introduction, ce que j'avoue, je ne fais pas toujours, car elle explique la méthode de travail mais aussi de lecture et de compréhension. L'auteure explique bien qu'il ne faut pas entendre la société matriarcale comme un "décalque du patriarcat" ce que font nombre de gens et d'hommes en particulier pour tenter de minimiser voire d'éliminer le matriarcat : "Les sociétés matriarcales sont des sociétés de réelle égalité entre les sexes ; cela concerne la contribution sociale de l'un et de l'autre -et même si les femmes sont au centre de la société, ce principe gouverne la vie sociale et la liberté des deux sexes. Les sociétés matriarcales ne doivent absolument pas être considérées comme l'image inversée des sociétés patriarcales -où les femmes détiendraient le pouvoir à la place des hommes, comme dans le patriarcat- puisqu'elles n'ont jamais eu besoin des structures hiérarchiques du patriarcat. La domination patriarcale, où une minorité issue des guerres de conquête régente l'ensemble de la culture, assoit son pouvoir sur les structures de coercition, la propriété privée, le joug colonial et la conversion religieuse." (p. 9)

C'est un bouquin passionnant issu d'un travail remarquable de longue haleine, où l'on rencontre des hommes et des femmes qui vivent bien dans des sociétés beaucoup plus égalitaires que les nôtres. Évidemment, je comprends que certains hommes qui se verraient dépossédés de quelques attributs de pouvoir, de quelque sentiment de supériorité puissent ne pas tourner les pages voire nier l'existence de ces sociétés. Tous les autres, hommes et femmes, évadez-vous et instruisez-vous en bonne compagnie.

Édité chez l'incontournable Des femmes-Antoinette Fouque.


Chaplin Tome 1 - En Amerique

Chaplin tome 1 - en amerique

De Laurent Seksik
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 17,00 €
mardi 24 septembre 2019 5 étoiles

1912, Charles Spencer Chaplin traverse l'océan d'Angleterre vers New York. Il joue dans une pièce qui fait une tournée de trois mois aux États-Unis et il rêve d'y rester et de devenir un très grand acteur. La pièce ne fonctionne pas bien, mais il est repéré par un producteur d'Hollywood qui lui demande d'y venir. Là-bas, les débuts ne sont pas glorieux non plus.

Tome 1 d'une série sur Charlie Chaplin qui devrait en compter trois. Laurent Seksik (scénario, idée originale et dialogues) raconte les débuts de l'acteur anglais qui sont aussi les débuts du cinéma. En prime, Charlie raconte un peu de son enfance très pauvre et la naissance de sa vocation.

David François (mise en scène, dessins et couleurs) rend le tout extrêmement agréable et même joyeux. La palette et le traits sont très personnels. Dans un interviouve, Laurent Seksisk dit que le dessin de David François virevolte et c'est exactement cela. Il y a dans cet album une joie communicative, une envie d'aller voir les films de Chaplin et d'en savoir plus sur sa vie et celle de son héros tout juste né à la fin du volume, Charlot.


L'archipel des secrets

L'archipel des secrets

De Anne-Solen Kerbrat-Personnic
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 10,00 €
mardi 24 septembre 2019 4 étoiles

Alors qu'ils arrivent à Bréhat pour passer un ouiquende romantique, la capitaine Jeanne Sixte et le tout nouveau promu commissaire Perrot s'y retrouvent, avec tous les autres occupants de l'île, coupés du monde par une violente tempête. Lorsqu'un cadavre est retrouvé sur la plage, c'est naturellement que les deux flics s'emparent de l'enquête. Ils interrogent tout le monde et sont particulièrement intéressés par les locataires de la maison d'hôtes Chez Armance, une dizaine d'écrivains de tous genres qui sont venus là pour s'isoler et finir leurs prochaines parutions.

Un thème archi-utilisé : une île ou un endroit isolé par du mauvais temps ou tout autre aléa -ce qui pourrait être vu comme une envie de se confronter à ce-dit thème ou comme un hommage aux précédents auteurs s'y étant collés- duquel Anne-Solen Kerbrat se sort très bien. D'une part part, parce que c'est Bréhat. D'autre part, parce que l'idylle naissante entre les deux flics (déjà rencontrés dans "Le tableau de Maï") est plutôt réjouissante et enfin parce que la maison d'hôtes réservée aux écrivains recèle bien des secrets, des jalousies, des inimitiés, des ego démesurés et des relations pas toujours très claires entre certains.

C'est donc dans cette ambiance pluvieuse et venteuse que l'auteure situe son intrigue. Ses deux flics devront user de méthodes à l'ancienne, puisque sans connexion, sans portables voire même, par moments, sans électricité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette enquête n'est pas aisée ni facilitée par les îliens qui ne s'épanchent pas beaucoup, ni leurs hôtes. Perrot et Sixte vont devoir faire preuve de patience et de finesse dont ils ne sont point dépourvus pour venir à bout de l'énigme posée par ce cadavre que personne ne connaît.

À part une fin un peu longue -mais passer quelques minutes supplémentaires sur Bréhat, ce n'est jamais une corvée, au contraire-, j'ai apprécié ce polar tout en nuances et en atmosphère, sans violence et course poursuite, bon comme un ouiquende sur l'île décrite.