La Terre invisible

La Terre invisible

De Hubert Mingarelli
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 15,00 €
mardi 20 août 2019 3 étoiles

Allemagne, juillet 1945. Démobilisés, les soldats anglais quittent peu à peu le pays vaincu et exsangue. Un photographe de guerre ne peut se résoudre à rentrer chez lui, hanté par les images d'un camp de concentration libéré par les troupes anglaises. Dans l'espoir insensé de comprendre une telle barbarie, il part sur les routes allemandes à la rencontre d'un peuple qui a laissé faire. Le soldat O'Leary qui vient d'arriver et n'a pas connu les combats lui sert de chauffeur. Le périple commence et les deux hommes échangent peu, partageant seulement les rations militaires et l'inconfort des nuits passées dans la voiture. Au fil du fleuve qu'ils longent, ils rencontrent des hommes, des femmes, des enfants, toujours méfiants, parfois hostiles, rarement amicaux. Le photographe prend des clichés, le chauffeur l'interroge sur cette démarche qu'il ne comprend pas tout en distillant des confidences sur sa vie avant la guerre. Unis par les expériences partagées lors de cet improbable périple, les deux Anglais évoluent dans une ambiance de fin du monde, dans un pays qui panse ses plaies.

Deux hommes hantés, un pays dévasté, un drame. Minimaliste, l'écriture d'Hubert Mingarelli nous entraîne, à coup de phrases sèches et concises, dans un road-trip dans l'Allemagne de 1945. À la rencontre des Allemands dont on ne sait s'il faut les mépriser, les haïr ou les plaindre.
Deux solitaires qui échangent leurs silences, un environnement figé et des questions sans réponses. Que cherche le photographe en fixant sur la pellicule ces familles devant leurs maisons ? Une trace d'humanité alors qu'il a vu que les hommes étaient capables du pire ? Dans sa rétine des images de morts, des corps entassés, des êtres martyrisés, la barbarie nazie, dans son objectif monsieur et madame tout le monde esquissent un sourire timide, pas conscients encore du fait que demain le monde entier les jugera...
Un livre étrange, une ambiance lourde, des personnages qui gardent leur mystère jusqu'au bout... une lecture qu'on termine avec soulagement pour retrouver un peu de soleil, de joie, de bonheur.


Le fossé

Le fossé

De Herman Koch
Traduit par Isabelle Rosselin
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 21,00 €
mardi 13 août 2019 4 étoiles

Robert Walter est un homme comblé. Maire d'Amsterdam, il est apprécié de ses administrés qui aiment sa sincérité, son naturel, son éloquence. Ses fonctions lui permettent de côtoyer les grands de ce monde, il dîne avec Obama, plaisante avec Hollande. Côté vie privée, tout va bien aussi. Il forme un couple uni avec sa femme Sylvia qu'il adore tout autant que sa fille Diana. Pourtant, cette belle harmonie s'envole lors de la traditionnelle soirée du Nouvel an donnée par la mairie. Là, il aperçoit Sylvia riant aux éclats avec Maarten Van Hoogstraten, son adjoint le plus insignifiant. Maarten n'est ni beau, ni drôle, ni charismatique. Qu'a-t-il bien pu raconter à Sylvia pour la faire rire de la sorte ? Et n'ont-ils pas eu l'air gênés quand, mine de rien, il les a rejoints ? Robert s'interroge, Robert se met martel en tête, Robert est jaloux, Robert est certain que Sylvia et Van Hoogstraten ont une liaison. Pourtant, rien chez sa femme ne laisse entrevoir qu'elle le trompe, qu'elle aime ailleurs. Ne serait-ce pas une ruse de son épouse qui fait tout pour paraître normale, trop normale, alors qu'elle le trahit ? Au fil des jours et de son imagination galopante, Robert perd pied. De plus en plus soupçonneux mais trop couard pour crever l'abcès, il laisse un fossé se creuser entre lui et Sylvia.

Le terme est souvent galvaudé mais on peut l'affirmer sans mentir : lire un roman d'Herman Koch est une expérience jubilatoire. Avec cynisme et une pointe d'humour (noir), il malmène ses concitoyens, surtout les notables bien sous tout rapport dont il met à jour les failles et les mauvais penchants. À l'exemple de Robert, le jovial maire d'Amsterdam, mari et père comblé et fils dévoué d'un couple de nonagénaires dont il est toujours proche. L'homme est sympathique, tolérant et ouvert, d'ailleurs sa femme n'est pas néerlandaise. Pourtant, il suffit d'un soupçon sans véritablement fondement pour que tout dérape. Il n'a plus confiance en cette femme qui vient d'un pays culturellement très éloigné des Pays-Bas. Comment peut-elle le trahir alors qu'il a eu la bonté de l'aimer et de l'accueillir en Europe ? Sous ses remarques acides se tapit un racisme dont il se défend avec pour meilleure preuve son choix marital. Mais Koch sait faire apparaître le vrai visage de son personnage tout en contradictions. Outre ses supposés problèmes conjugaux, l'édile doit aussi faire face au désir d'en finir de ses parents. À 90 ans, ils estiment que leur temps est fini et qu'il faut mettre un terme à une vie qui inévitablement va se dégrader. Ils ont prévu de se suicider avant d'être dépendants et amoindris. Mais là encore l'auteur réserve quelques surprises de taille quant à l'issue de ce projet.
Surprenant, souvent drôle et très politiquement incorrect, "Le fossé" se moque d'une société hollandaise propre sur elle, écolo jusqu'à l'absurde, libre mais pas libérée. Une lecture divertissante mais qui sait aussi faire réfléchir.


Lou ! - Tome 08, En route vers de nouvelles aventures

Lou ! - Tome 08

En route vers de nouvelles aventures
De Julien Neel
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 10,50 €
vendredi 02 août 2019 3 étoiles

Constamment entourée par sa famille et ses amis, Lou a besoin de se retrouver seule pour faire le point sur sa vie. Le temps d'un road-trip, la jeune fille va découvrir de nouvelles villes, de nouveaux visages et se confronter aux grandes questions existentielles qu'elle se pose.

Retour aux fondamentaux pour Julien Neel qui renoue avec un scénario plus cohérent et des dessins plus soignés. Si les fameux cristaux qui avaient laissé les lecteurs plus que perplexes sont évoqués, c'est juste pour signaler leur disparition (aussi inexpliquée que leur apparition d'ailleurs). Malgré cela, ce tome reste faible. Lou voyage, fait la fête, rencontre un chien, pense à sa mère, à son enfance et rentre chez elle. Rien de bien palpitant... Heureusement, Neel a soigné ses décors et on retrouve avec bonheur ses dessins pastels, soignés et précis. Après le flop des deux derniers albums, celui-ci fait du bien même si on en attendait un peu plus. Un cycle s'achève, espérons que la suite saura être à la hauteur.


Ni d'Ève ni d'Adam, roman

Ni d'Ève ni d'Adam

roman
De Amélie Nothomb
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 6,30 €
mardi 30 juillet 2019 2 étoiles

En 1989, Amélie revient au Japon après seize années d'absence. Elle avait 5 ans quand elle a quitté ce pays où elle est née pour suivre ses parents en Belgique. C'est avec jubilation qu'elle retrouve sa terre natale et qu'elle prononce ses premiers mots dans un japonais un peu rouillé. Pour s'améliorer et rencontrer des autochtones, il lui semble que donner des cours de français est la meilleure des solutions. Son premier élève est Rinri, un jeune homme de son âge, bien sous tous rapports, qui très vite l'intègre à son cercle d'amis, tombe amoureux d'elle et lui demande sa main. Désormais fiancée, Amélie vit un véritable choc des cultures. Sa façon de lui faire la cour, les dîners en famille ou en tête-à-tête, les week-end en amoureux, elle doit assimiler tous les codes d'une relation avec un Japonais. Et pendant qu'elle profite du pays, escalade le Mont Fuji, maîtrise de mieux en mieux la langue, trouve même un emploi, Rinri pense au mariage. Amélie temporise mais, un matin, par inadvertance, elle dit oui. La jeune fille est piégée ! Comment se sortir de cette situation délicate ?

C'est l'histoire d'Amélie Nothomb, fictive ou inventée, en terre nippone. Elle vit des aventures nippones, déguste la cuisine nippone, visite des villes nippones, pratique la langue nippone, fréquente des Nippones et des Nippons, travaille dans une entreprise nippone, est fiancée à un Nippon. Bref, à elle la belle vie nippone.
À part ce manque flagrant de vocabulaire et quelques clichés enfilés comme des perles sur la culture et les mœurs japonaises, on découvre aussi ses qualités d'alpiniste émérite et sa profonde lâcheté. Le pauvre Rinri fait d'ailleurs les frais des deux facettes de sa personnalité. Il souffre sur le Mont Fuji et il souffre d'un amour non payé de retour.
Comme tous ses romans, celui-ci se lit très vite et évite le naufrage grâce à l'humour et l'auto-dérision de l'auteure belge. Rien d'extraordinaire.


L'amie prodigieuse, IV : L'enfant perdue, Maturité, vieillesse

L'amie prodigieuse, IV : L'enfant perdue

Maturité, vieillesse
De Elena Ferrante
Traduit par Elsa Damien
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 9,00 €
lundi 29 juillet 2019 5 étoiles

Pour vivre pleinement son amour avec Nino, Lena n'a pas hésité à quitter mari et enfants. Auteure reconnue, elle multiplie les conférences et les séances de lecture aux quatre coins de l'Italie et même en Europe, à seule fin de se ménager des escapades avec son amant. Sans souci du sévère jugement de sa mère ou des mises en garde de Lila, la jeune femme ne songe plus qu'à s'installer avec Nino qui la veut près de lui à Naples. Mais Lena n'est pas prête à retrouver cette ville qu'elle a fuie sans désir de retour. Naples l'étouffe, Naples l'enferme dans son passé, Naples lui fait peur. Et à Naples, il y a Lila... Les deux amies ne se fréquentent plus guère. Même si Lila, installée dans le quartier de leur enfance, ne cesse de la relancer, Lena fait la sourde oreille, soucieuse de son indépendance, de sa liberté retrouvée, de son bonheur...

Avec "L'enfant perdue", Elena Ferrante clôt en beauté sa magistrale saga napolitaine. Même si les deux amies sont un temps séparées, on y retrouve tout le sel de cette amitié particulière avec en toile de fond les évènements qui ont secoué l'Italie au fil des années. Pour Lena, toute tentative de rébellion a été étouffée par les contingences de la vie domestique et, avec la maturité, viennent la prudence et des positions politiques moins tranchées. L'auteure se veut toujours de gauche et prête à défendre la cause des femmes, mais elle préfère éviter les polémiques. Plus téméraire, Lila a prouvé par les actes que les femmes peuvent sortir de leurs cuisines. À la tête d'une entreprise innovante, elle est devenue une figure respectée du quartier qu'elle tente de libérer du joug des frères Solara.
Lena et Lila vont finir par se retrouver, partager à nouveau ce lien étrange, fait d'amour, de haine, de rivalité, d'envie. Pour le meilleur et pour le pire.
Pertes, deuils, trahisons... rien ne leur sera épargné et chacune va devoir vieillir avec ses blessures.