Imaginez

Imaginez

De Raphaël Enthoven
Illustrations de Jiang hong Chen
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 12,00 €
lundi 09 septembre 2019 4 étoiles

Imaginez est une émission diffusée sur ARTE qui parle de philosophie. De cette émission est né ce livre destiné aux adolescents, mais qui peut bénéficier d'une diffusion plus large, dans lequel le philosophe aborde 43 sujets aussi différents que la mort, la honte, l'amour, le silence, la beauté,... Ces courts textes sont superbement illustrés par Chen Jiang Hong, la couverture en est un bel exemple, ce chat est son personnage récurrent soumis à toutes sortes de transformations. Ses illustrations souvent drôles, appuient le texte et parfois le renforcent en y apportant un angle un peu différent.

Pour le texte, Raphaël Enthoven, s'il est compréhensible par tous, ne fait pas dans le langage adolescent et reste donc, fort heureusement, pédagogue. Tous les thèmes abordés ne résonnent pas de la même manière, mais certains touchent, comme par exemple cet extrait de la chronique Le silence dans l'ascenseur :

"Il faut soigneusement choisir la personne en face de qui l'on peut se taire. Se taire face à quelqu'un qu'on ne connaît pas, c'est partager une véritable intimité avec cette personne." (p. 22)

Ou celui-ci, tiré de "L'art du débat" :

"Pourquoi est-il impossible, impensable, que deux candidats qui débattent à coups d'arguments finissent par s'entendre ou par reconnaître qu'ils ont tort ? Parce que les candidats ne débattent pas, mais combattent. Parce qu'ils ne sont pas là pour se contredire, mais pour s'opposer. Parce qu'ils ne cherchent pas à avoir raison, mais à avoir raison de l'autre. Bref, parce que les débats sont des dialogues de sourds uniquement destinés à convaincre ceux qui sont déjà convaincus." (p. 44)

Si les politiciens faisaient un peu de philosophie et preuve d'un peu plus d'humanité et d'humilité, ils seraient plus crédibles.

Très beau livre à laisser traîner pour que chacun puisse picorer dedans à son rythme.


Un monstre et un chaos

Un monstre et un chaos

De Hubert Haddad
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 20,00 €
mercredi 04 septembre 2019 4 étoiles

Ce roman aurait pu être un énième roman d'un garçon pendant la guerre. Mais il y a la patte Hubert Haddad qui change tout. D'une part il place son héros fictif dans un contexte réel -Chaïm Rumkowski et comparses ont réellement existé- et apporte donc des éléments d'une terrible réalité inconnue ou oubliée. Pour ma part, j'avoue que je connaissais un peu le ghetto de Varsovie, mais pas celui de Lodz, et comme savent ceux qui me lisent régulièrement, j'aime beaucoup les romans qui sont ancrés dans un contexte réel, ils m'apportent beaucoup sur la connaissance de faits historiques et me sont souvent plus faciles à lire que des essais. D'autre part, Hubert Haddad use d'une langue particulièrement gracieuse et élégante. Les tournures de phrases dans lesquelles peuvent cohabiter la plus belle nature et la vision la plus terrible montrent combien cette guerre fût cruelle, terrible : "Á moins de cent mètres, deux camions militaires s'étaient rangés le long d'un mur de cimetière, sur le bas-côté d'une route perdue au milieu des chaumes du plus bel ocre visités par des nuées de freux et de sansonnets. Des soldats bottés et casqués, fusil en bandoulière, descendirent du second véhicule et firent descendre à coup de crosse des jeunes gens du premier, garçons et filles, les mains ligotées dans le dos." (p. 64)

Je pourrais prendre n'importe quelle page de ce somptueux roman pour citer une phrase qui touche, émeut, par son contenu et/ou sa construction. L'écriture nécessite parfois de prendre son temps pour ne pas se perdre, on peut se laisser bercer par le plaisir des mots sans chercher à en saisir le sens et il faut donc y revenir parce que l'histoire du ghetto et d'Alter est importante et passionnante.

Fidèle à son oeuvre déjà remarquable, Hubert Haddad écrit là un roman fort et touchant, instructif, avec des personnages -je ne parle évidemment pas des bourreaux- d'une grande humanité. Sans doute, je l'espère, l'un des romans marquants et remarqués de cette rentrée.


Le pays des pas perdus

Le pays des pas perdus

De Gazmend Kapllani
Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés Sur commande, habituellement expédié sous 4 à 7 jours ouvrés 17,00 €
mercredi 04 septembre 2019 4 étoiles

Ce que j'aime chez Gazmend Kapllani, c'est que ces romans sont écrits dans une langue simple, très abordable (voir "La dernière page", son roman précédent, déjà traduit par Françoise Bienfait), qu'ils sont courts et denses et qu'ils abordent des questions à la fois personnelles, individuelles et collectives. Cette fois-ci, c'est le changement des pays qui ont longtemps été dirigés par des régimes autoritaires et les bouleversements d'après 1989 et la chute du mur de Berlin, l'entrée dans l'Union Européenne et l'ouverture au capitalisme, ...

Mais c'est aussi la confrontation de deux visions du monde : le nationalisme qui monte un peu partout avec l'arrivée au pouvoir de gens aussi ouverts et sympathiques que les présidents ou dirigeants des États-Unis, du Brésil, d'Italie, Hongrie, et j'en omets. J'aime bien l'extrait suivant qui résume cela (c'est Frederick qui parle) : "Je me souviens d'un jour où notre père nous expliquait ce que signifient la faille, la nation, les racines. Karl avait rétorqué : "Les créatures humaines ne sont pas des arbres avec des racines. Les hommes ont des pieds et des rêves, ils veulent voyager, mais vous, vous les avez mis en cage comme des bêtes." Une violente dispute avait alors éclaté. Chaque fois que mon père et Karl se querellaient, quelque chose se brisait en moi..." (p. 61)

Cet extrait montre aussi la relation entre les deux frères, ratée sans doute par une trop grande différence d'opinion, l'un suivant aveuglément son père, l'autre s'ouvrant aux autres et à une pensée moins rigide. Et comme souvent l'individuel montre le collectif, le personnel touche l'universel. Comme dans son précédent roman, son héros a quitté l'Albanie pour la Grèce, puis y revient pour un décès et rencontre les Albanais restés au pays, chaque parti s'interroge alors sur ce qu'il a réussi ou raté si tant est que l'on puisse parler en termes de réussite ou de ratage. Gazmend Kapllani est lui-même un émigré albanais arrivé en Grèce puis aux États-Unis, il parle donc de ce qu'il connaît, de manière claire et remarquable. Un auteur qu'il faut absolument lire, édité chez les inévitables éditions Intervalles.


Vie Hantee D'Anya (La)

Vie hantee d'anya (la)

De Vera Brosgol
En stock, expédié demain En stock, expédié demain 16,00 €
mercredi 04 septembre 2019 4 étoiles

Anya d'origine russe vit avec son petit frère et sa mère aux États-Unis. Son désir le plus grand est d'être acceptée dans son lycée malgré ses origines, sa difficulté à se faire des amis et ses rondeurs. Un jour, elle tombe dans un puits dans lequel elle trouve un squelette et le fantôme d'icelui, une jeune femme Emily, morte 90 ans plus tôt. Lorsqu'Anya est secourue deux jours plus tard, Emily la suit, l'aide à avoir de bonnes notes et à rencontrer le beau Sean. Mais bientôt Emily devient trop présente.

Cet album est le premier de Vera Brosgol, déjà paru en France chez Altercomics en 2013 sous le titre "Le fantôme d'Anya". Il a été écrit et dessiné avant le très bon "Un été d'enfer", que j'ai beaucoup aimé ainsi que les autres lecteurs de la maison, de tout âge.

Cet album est très différent et lorgne vers le fantastique avec cette histoire de fantôme peut-être pas si gentille qu'elle paraît. L'histoire est bien menée et malgré mon âge décalé des préoccupations adolescentes, elle m'a plue et même franchement intéressé jusqu'au bout, ce qui est rarement le cas avec les histoires où les ados sont les héros.

Le dessin augmente le plaisir de lecture, tout en noir blanc gris. Beaucoup de visages très expressifs, de gros plans avec de grands yeux, peu de paysages, de décors. En fait, cet album est une vraie merveille, de celle que l'on partage dans toute la famille et dont on parle. "Un été d'enfer" a eu cet effet, "La vie hantée d'Anya" aura le même.


L'affaire Birdie Barclay

L'affaire Birdie Barclay

De Mick Finlay
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mercredi 04 septembre 2019 5 étoiles

Retour du duo d'enquêteurs encore une fois bien aidé par Ettie la sœur de William et Needy, le jeune garçon qu'ils emploient régulièrement, après leur première aventure sobrement intitulée Arrowood. Arrowood est toujours obsédé et jaloux des succès et de la reconnaissance dont jouit le célèbre détective de l'époque, Sherlock Holmes et se démarque de lui par son approche de son travail : "Holmes travaille sur des indices physiques, il se sert de sa fameuse logique, mais j'ai constaté de mon côté que beaucoup d'affaires ne présentent pas d'indices. Il faut alors étudier les gens. Et les gens ne sont pas logiques, précisément. Leurs émotions ne sont pas logiques. Pour élucider ces affaires, il faut connaître ces personnes. Il faut comprendre leurs douleurs, leur confusion, leur besoin de reconnaissance. Il faut tenter de voir le monde à leur manière. Je n'ai rien contre Holmes, révérend, mais il considère que les émotions biaisent le raisonnement. Je travaille différemment. Je suis un détective émotionnel. Je résous mes affaires en comprenant les gens." (p. 59)

J'aime beaucoup cette série dont ce deuxième opus est vraiment très bien. Les personnages, les lieux, l'époque bien qu'en perpétuelle évolution sont bien installés. L'un des autres attraits est de nous plonger dans le Londres poisseux et pauvre, à la rencontre des travailleurs, des misérables qui peinent à vivre et à élever leurs enfants. Mick Finlay, cette fois-ci y ajoute le traitement réservé aux "idiots" et "imbéciles" tels qu'ils étaient nommées à l'époque, voire "idiots mongoliens" ou "mongoliens", puisque le syndrome de Down (trisomie 21) venait d'être identifié par le Dr John Langdon Down. Évidemment et heureusement, ces termes ne sont plus utilisés de nos jours. On sent que l'auteur s'est documenté, et il nous présente tout cela de manière extrêmement plaisante et instructive.

Si j'ajoute à cela le fait que les personnages sont vraiment bien campés et leurs relations particulièrement bien décrites, que les seconds et troisièmes rôles sont très présents et renforcent la solidité du récit, de l'ambiance et que la ville sombre et froide, que les écarts entre les pauvres et les très riches qui profitent du système et que l'intrigue monte en tension et se tient très largement jusqu'au bout, vous aurez alors un roman policier excellent, une série très prometteuse que je vous conseille fortement. En plus, Harper Collins a la bonne idée de l'éditer en poche, donc aucune excuse pour la rater.